Médias de proximité en danger

Médias de proximité en danger

Savoir ce qui se passe près de chez soi, c’est pouvoir agir.

Derrière chaque reportage de quartier, il y a une équipe qu’on est en train de supprimer.

Vous regardez votre télévision locale pour suivre l’actualité de votre commune, découvrir une initiative culturelle près de chez vous, ou simplement savoir ce qui se passe dans votre quartier ? Derrière ces émissions, il y a des journalistes, des techniciens, des équipes entières et des financements publics qui permettent ce travail au quotidien.

Aujourd’hui, ce modèle est menacé.

La Ministre Jacqueline Galant a lancé une réforme des médias de proximité qui soulève de sérieuses inquiétudes. Gel des subventions, suppression de l’indexation, redéfinition discrète des missions… Les conséquences risquent d’être bien concrètes pour vous, citoyens et citoyennes.

Les télévisions locales, ce ne sont pas de petites chaînes anecdotiques. Chaque semaine, elles informent près de 600.000 personnes. Elles couvrent ce que les grands médias nationaux ignorent : vos élus locaux, vos associations, vos événements culturels, vos combats de quartier. Elles donnent la parole à ceux qu’on n’entend pas ailleurs !

Et dans un monde où les fausses informations circulent à toute vitesse, des journalistes locaux ancrés dans votre territoire, qui connaissent vos réalités, votre quartier, c’est précieux.

C’est une question de démocratie

La démocratie, ça ne se limite pas à voter tous les 4 ans. Ça suppose que les citoyens sachent ce qui se passe dans leur commune, leur quartier, leurs institutions locales.

Les télés locales, c’est précisément ça : elles suivent les conseils communaux, interrogent les élus, couvrent les initiatives citoyennes, donnent la parole aux associations.

La ligne de train qui dessert votre village est menacée de suppression ? La télé locale en fait un reportage : les personnes âgées isolées, les jeunes qui ne peuvent plus aller travailler, aller à l’école, un village rural qui se retrouve isolé. Sans votre télé locale, la suppression passe inaperçue.

Moins d’information locale, c’est moins de citoyens capables de peser sur les décisions qui les concernent directement.

Réduire les moyens des médias de proximité, c’est accepter que certaines voix disparaissent. Que certains territoires ne soient plus couverts. Que des travailleurs et des travailleuses perdent leur emploi. Que vous, citoyens, receviez moins d’information sur ce qui vous concerne directement.

Tandis que les économies réalisées seront infimes, les dégâts, eux, seront conséquents !

Certains diront : si les télés locales disparaissent, les médias privés prendront le relais. Sauf qu’un groupe médiatique privé n’a aucune raison économique de s’intéresser à ce qui se passe dans votre village, votre école ou votre conseil communal. Confier l’information locale à des médias privés, c’est accepter que certaines histoires ne soient racontées que si elles sont rentables.

Ces décisions se prennent en ce moment. Vous avez le droit de le savoir et de vous faire entendre.

Une démocratie vivante, ça s’entretient au quotidien. Derrière chaque voix citoyenne amplifiée, il y a un média de proximité.

Pour celles et ceux qui souhaitent comprendre plus en profondeur

Protégeons nos médias de proximité : un secteur essentiel pour les citoyens, la démocratie et le pluralisme des idées
Depuis l’annonce de la réforme des médias de proximité par la Ministre Jacqueline Galant en mai 2025, le secteur traverse une période d’incertitude. Nous posons de nombreuses questions sur l’avenir du secteur, sans obtenir à ce stade de réponses suffisamment claires de la part de la Ministre et de son cabinet.


Un projet de décret est déjà en deuxième lecture, et pourtant, le suivi de cette réforme reste peu clair.
La Déclaration de politique communautaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles rappelait pourtant l’importance d’une information pluraliste et de qualité, et prévoyait de soutenir les acteurs du paysage médiatique, dont les médias de proximité.
La réforme proposée aujourd’hui semble s’en écarter en introduisant notamment des mesures de réduction budgétaire qui interrogent :
• Gel de la subvention, passant d’environ 10,5 à 10 millions d’euros
• Suppression de l’indexation des subventions

Dans son avis, le Conseil d’État rappelle, en lien avec le règlement européen (EMFA), que les subventions doivent être « suffisantes, durables et prévisibles », de manière que « l’indépendance éditoriale des fournisseurs de médias de proximité soit préservée ».


Le Collège d’avis du CSA souligne également plusieurs points d’attention, notamment :
• Un risque d’affaiblissement du pluralisme de l’information
• Une réflexion basée sur un critère territorial qui interroge
• Et des mesures budgétaires qui pourraient réduire la prévisibilité financière pour les télévisions locales

Nous ne disposons pas non plus d’informations sur la réforme des emplois APE, pourtant essentiels au fonctionnement des médias de proximité. Ces emplois jouent un rôle central et sont présents dans chacune des télévisions locales.

Un secteur essentiel pour la démocratie et les territoires
Les médias de proximité sont un pilier de notre vie démocratique.

Chaque jour, les télévisions locales informent près de 600.000 citoyens, en relayant ce qui se passe au cœur de chaque bassin de vie.
Elles donnent la parole aux habitants, aux associations, aux acteurs culturels et aux initiatives locales souvent absentes des médias nationaux.
Les médias de proximité jouent également un rôle essentiel d’émancipation : ils développent l’esprit critique, participent à l’éducation aux médias et offrent une information fiable et contextualisée. Rôle d’autant plus important face à la montée des fausses informations.


Nous appelons à un soutien clair
• Pour garantir une information locale accessible et de qualité
• Pour préserver la diversité des points de vue
• Pour soutenir l’emploi et les compétences des travailleurs des télés locales
Une actualité chaude pour les OA : l’évaluation des conventions
Peut-être faut-il rappeler quelques éléments fondamentaux et les sources officielles elles-mêmes.
Dans la « Pièce à casser » (document confidentiel), Projet de réforme du paysage des médias de proximité, il est indiqué noir sur blanc :
« Deux missions principales sont réaffirmées : la mission d’actualité et celle de promotion de la culture. Cela ne signifie donc pas que toutes les autres missions seront abandonnées mais que certaines contraintes y afférant seront supprimées. »
Cette phrase est loin d’être anodine.
Car supprimer des « contraintes » liées aux missions revient nécessairement à modifier l’équilibre éditorial, humain et organisationnel des Médias de proximité.
Or, chaque Média de proximité a signé une convention officielle avec la Fédération Wallonie-Bruxelles, contrôlée annuellement par le CSA. Ces conventions ne sont pas des déclarations d’intention vagues : elles constituent un cadre juridique, éditorial et démocratique précis.
La convention de TV Lux, par exemple— comme celles des autres Médias de proximité — prévoit explicitement:
« La convention fera automatiquement l’objet d’une évaluation à mi-parcours (…) soit le 30 juin 2026 au plus tard (…) Compte tenu de cette évaluation, la convention pourra faire l’objet d’une révision en tout ou en partie. »
Cela démontre plusieurs choses essentielles :
• les missions actuelles ont une valeur contractuelle ;
• leur modification suppose une évaluation officielle ;
• cette révision doit intervenir dans un cadre transparent et objectivé ;
• il ne peut y avoir de redéfinition implicite ou discrète des missions sans débat démocratique.

Aujourd’hui, les obligations actuelles des Médias de proximité sont extrêmement larges et structurantes : minimum 260 minutes de production propre hebdomadaire ; 5 journaux d’actualité par semaine ; émissions spécialisées ; missions d’éducation permanente ; environnement ; jeunesse ; culture ; captations culturelles ; éducation aux médias ; diversité ; participation citoyenne ; numérique ; sport ; archivage patrimonial ; collaborations inter-Médias ; couverture des territoires ; soutien à la création régionale.

Ces obligations ne sont pas accessoires. Elles déterminent directement : les métiers ; les équipes ; les compétences ; les volumes d’emploi ; les choix budgétaires ; et surtout la diversité éditoriale.
Derrière chaque mission supprimée ou affaiblie, ce sont donc potentiellement des travailleurs spécialisés ; des savoir-faire ; des émissions ; des partenariats associatifs ; des acteurs culturels; et des territoires entiers qui disparaissent progressivement de l’antenne.
La question devient alors profondément syndicale car modifier les missions revient concrètement à modifier le paysage démocratique mais aussi la charge de travail ; les profils de fonction ; les priorités rédactionnelles ; les affectations du personnel ; les besoins techniques ; et à terme les emplois eux-mêmes.

Ce n’est donc pas uniquement un débat éditorial. C’est un débat sur l’avenir du service public de proximité et sur les conditions de travail des équipes.
Nous appelons dès lors les Organes d’Administration à examiner attentivement la situation au regard de ces éléments.

Les directions ont-elles consulté leurs Conseils d’administration ? Leurs comités de programmation ? Leurs rédactions ? Les représentants syndicaux ?
Ou certains travaillent-ils seuls, en « cavalier seul », sur une redéfinition potentiellement majeure des missions des Médias de proximité ?

Nos revendications
Assurer un financement stable et adapté : les enveloppes budgétaires consacrées aux médias de proximité doivent être pérennisées. Elles restent limitées à l’échelle du budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles et des Régions, et ne permettent donc aucune économie significative.
Réaliser une évaluation d’impact systématique : toute modification du paysage des médias doit être analysée en amont, notamment sur le pluralisme, l’emploi et l’ancrage local de l’information.
Associer les travailleurs et travailleuses aux réflexions : les représentants du personnel doivent être pleinement intégrés aux discussions sur l’avenir du secteur.


Pour conclure …
Dans ce contexte, il est indispensable que la réforme puisse être réexaminée en profondeur afin d’être pleinement adaptée aux réalités du terrain.
Les mesures de réduction budgétaire, limitées à l’échelle de la Fédération Wallonie-Bruxelles, entraîneront néanmoins des conséquences importantes pour les travailleurs, les travailleuses et leur public.
Préserver les médias de proximité, c’est garantir une information libre, accessible et ancrée dans la vie locale de chacun et chacune.

Signez la pétition: https://c.org/pZz2ddkJtV

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