ASSOCIATIONS EN DANGER : L’ALPHABETISATION

ASSOCIATIONS EN DANGER : L’ALPHABETISATION

Le gouvernement wallon réduit l’accès aux dispositifs d’alphabétisation.

L’alphabétisation, c’est apprendre à lire, écrire et calculer. Mais c’est aussi, acquérir des outils pour comprendre le monde et y agir socialement, professionnellement, culturellement, politiquement.

Ne pas maitriser la lecture, l’écriture, le calcul, l’expression orale, … a des conséquences importantes sur la capacité des personnes à exercer leurs droits, à participer et contribuer à la société, à, par exemple, trouver ou garder un emploi ou progresser dans le monde du travail.

Tout comme le problème de l’analphabétisme, les associations d’alphabétisation sont peu connues (et peu reconnues) en Belgique.

On ne se figure pas que 1/10 de la population est concernée, d’ailleurs le gouvernement wallon les avait oubliées dans sa dernière déclaration politique régionale et communautaire…

Pire, ces associations sont aujourd’hui menacées dans leur existence par plusieurs réformes et une réduction jamais vue auparavant de leurs moyens : réduction des durées de formation, menace sur l’emploi des travailleurs, diminution d’un tiers du soutien financier spécifique à l’alphabétisation, alphabétisation non prioritaire …

La vision du Gouvernement est claire, priorité aux formations professionnalisantes uniquement et aux chiffres de performance qui ne rendent pas compte des résultats engrangés ! Cette vision réductrice oublie que pour certains un travail plus en profondeur doit être fait afin de garantir une remise à l’emploi durable et de qualité.

En voulant aller vite à tout prix et en poussant vers la sortie des personnes dont les compétences de base ne sont pas suffisamment consolidées, on crée des travailleurs précaires qui réintègrent rapidement le chômage. Il s’agit alors d’un investissement public perdu. Les coûts à long terme (dépendance aux aides sociales, fragilité de santé, non-recours aux droits, décrochage scolaire des enfants…) sont structurellement supérieurs au coût d’une formation menée à son terme.

Le Mouvement Lire et Écrire et les mouvements ouvriers alertent sur un détricotage silencieux du secteur de l’alphabétisation en Wallonie. Apprendre à lire et écrire est un droit fondamental, la société est dans son ensemble gagnante quand chacun et chacune peut vivre dignement. On ne flotte pas mieux si les autres coulent…

Pour ceux qui veulent aller plus loin pour mieux comprendre…

L’alphabétisation s’adresse à des adultes qui ne maitrisent pas les langages fondamentaux (lire, écrire, calculer, s’exprimer à l’oral,…) et savoirs de base équivalents au CEB, et ce dans aucune langue.

Aujourd’hui, en Fédération Wallonie-Bruxelles, des cours d’alphabétisation sont organisés par des écoles de Promotion sociale, des services publics, tels des CPAS, et environ 260 associations. Ces dernières y réalisent la majorité (ou l’essentiel) de l’offre d’alphabétisation. La plupart organisent des cours pour répondre aux demandes des personnes qui participent à leur activité principale : maisons de quartier, organismes d’insertion socioprofessionnelle, associations d’éducation permanente, centres culturels, etc. Peu nombreuses sont les associations qui se consacrent exclusivement à l’alphabétisation, comme Lire et Écrire.

Comment se fait-il que des gens sortent de l’école sans savoir ni lire ni écrire alors que l’enseignement est obligatoire ?

On constate effectivement que, en 2024, près de 13 % des enfants quittent l’enseignement primaire sans le Certificat d’études de base (CEB).

Les causes de ces échecs sont multiples. Elles sont le plus souvent liées à des ruptures familiale (placement, deuil, séparation…), scolaire (redoublement, changement d’école…) sociale (sentiment de rejet, inadéquation avec les codes de l’école), identitaire (perte de l’estime de soi et réaction de repli), culturelle (différence de langue et de rapport aux savoirs).

Elles sont également toujours liées à la relation difficile, voire antagoniste, entre une appartenance sociale et le « monde des savoirs scolaires », cela, dans le contexte d’un système scolaire particulièrement discriminant et inéquitable.

Plus globalement, Lire et Écrire considère que l’analpha­bétisme n’est pas un problème individuel mais a pour cause et conséquence l’exclusion sociale, culturelle, politique et économique sévissant dans notre société.

Lire et Ecrire est un mouvement constitué de :

  • 11 asbl distinctes en Wallonie et à Bruxelles,
  • dont 8 asbl en Wallonie et 1 asbl à Bruxelles,
  • ainsi que 3 asbl qui en assurent la coordination.

Le mouvement est constitué de 340 travailleurs et travailleuses, dont un peu moins de 60% dans ses entités wallonnes, soit 200 travailleurs et travailleuses. Il forme chaque année plus de 3500 apprenants en alphabétisation (Wallonie et Bruxelles), qui sont majoritairement bénéficiaire d’une aide d’un CPAS (34%) ou sans revenu propre (29%).

Nos inquiétudes sont les suivantes :

Centres d’Insertion Socio-Professionnelle : réduction de budget et réforme

Lire et Ecrire est reconnu en insertion socioprofessionnelle, via son agrément CISP détenu par les 8 régionales wallonnes, et qui représente 40% du financement.

Que prévoit le ministre Jeholet ?

  • Diminutions des subventions dès 2025 :
    • Réduction linéaire de -2% des subventions pour financer le même volume de prestation et gel de l’indexation de la subvention. Ces mesures ont été réitérées en 2026.
    • Mesures ciblées en vue de réduire l’offre de formation.
    • Au total, le budget pour cette politique d’insertion socioprofessionnelle a été réduit de -1.676.000€ en 2025 et de -2.860.000€ en 2026.
  • Réforme des CISP : une réforme est en cours, dont plusieurs des orientations annoncées pourraient poser des difficultés majeures pour l’alphabétisation et pour les CISP en général :
    • priorité aux formations professionnalisantes : cela suscite des inquiétudes pour l’alpha qui ne sont pas à proprement parler « professionnalisante » mais se centre sur des savoirs de base ;
    • raccourcissement des durées de formation : Or, apprendre les bases, pour un public peu ou pas scolarisé, cela prend du temps ;
    • logiques d’insertion rapide et exigences de résultats quantitatifs : on veut subventionner au résultat, en fonction d’un taux d’insertion à l’emploi et à la formation qualifiante ;
    • pilotage renforcé par le Forem, avec validation systématique avant toute entrée en formation : risque de filtrage des publics et perte d’autonomie des centres ;
    • forte augmentation de la charge administrative, avec diminution de la durée d’agrément, introduction de contrat d’objectifs triennal, reporting annuel renforcé, davantage d’indicateurs, d’évaluations et de contrôles… sans aucun regard pour les spécificités des publics ;
    • imposition d’un seuil d’activité minimal devant entrainer la disparition des petites structures : le secteur est largement constitué de petites structures ;
    • risque sur le modèle de gouvernance et de représentation du secteur, avec l’intentions exprimées de reconnaitre plusieurs fédérations, etc.

Suppression de l’indemnité 2€/h de formation pour les stagiaires

Cette indemnité de formation est essentielle pour permettre aux personnes fragilisées de suivre un processus de formation. Elle a été supprimée par le Gouvernement wallon pour toutes les formations non professionnalisantes (notamment l’alpha). Les asbl Lire et Ecrire ont introduit un recours au Conseil d’Etat en vue de faire annuler cette disposition, aux côtés d’autres acteurs de l’insertion.

Réduction de -39% du soutien wallon à l’alphabétisation

En 2011, le Gouvernement wallon adoptait une convention pluriannuelle entre la Wallonie et l’asbl Lire et Ecrire Wallonie. Cette convention réunissait plusieurs subventions facultatives antérieures. Elle déclinait les modalités d’organisation et de financement de la politique d’alphabétisation en Wallonie et permettait, par un soutien spécifique et complémentaire, la mise en place d’actions qui n’étaient pas prévues dans les politiques structurelles en matière d’insertion socioprofessionnelle, lesquelles portent notamment sur l’agrément et le subventionnement des OISP devenus CISP, qui couvrent en effet uniquement la formation des publics demandeurs d’emploi inoccupés éloignés du marché du travail.

  • En deux ans seulement, le financement a diminué de -39%, passant de 1.549.000€ à 949.000€
  • Concrètement, les actions suivantes sont aujourd’hui mises en difficultés :
    • la formation à l’alpha, pour un public plus large, comprenant ceux qui ne rentrent pas dans l’agrément insertion socioprofessionnelle, pour que tous les publics adultes aient accès à l’alphabétisation ;
    • toutes les autres actions que seule cette subvention finançait jusqu’à présent :
      • l’information et le travail d’accroche des publics en situation d’analphabétisme ou d’illettrisme, l’information aux professionnels de première ligne, la sensibilisation du politique et du grand public sur la persistance de l’analphabétisme et de l’illettrisme ;
      • le travail de réseau, les contacts entrepris en vue de nouer et maintenir des partenariats, notamment pour la création de parcours de formation concomitants et le suivi de formations décentralisées ;
      • le soutien pédagogique aux partenaires, la formation des formateurs et autres professionnels ou bénévoles du secteur de l’alphabétisation ;
      • tout l’accompagnement et l’orientation des publics, l’élaboration d’outils et de méthodologies (tel le test de positionnement en lecture et écriture) et leur diffusion, etc.

Réforme APE

La réforme APE, dans ses orientations actuelles, ne garantissant aucunement le maintien de l’emploi pour chaque structure bénéficiaire, représente un risque majeur pour le secteur de l’alpha, comme pour une majeure partie du non marchand. Dans nos asbl Lire et Ecrire, le subventionnement prend en charge 16% de notre masse salariale.

Que serait pour nous une vraie politique d’alphabétisation au bénéfice de toutes et tous ?

  • Financer l’alphabétisation à la hauteur des besoins et maintenir un financement pour tous les types de public : le soutien spécifique de la Wallonie à l’alphabétisation a chuté de -39 %, passant de 1.549.000€ à 949.000€, mettant en péril l’accès à l’alpha pour tous les publics et le travail de fond du secteur.
  • Reconnaître la formation pour les adultes en difficulté de lecture et d’écriture comme dispositif incontournable pour les parcours ISP :
    • (-1,7 million € en 2025, -2,86 millions € en 2026)
    • pour permettre de financer les emplois.
    • Protéger la possibilité pour les adultes de se former à la lecture et à l’écriture, autoriser une durée suffisante pour se former
    • Préserver l’autonomie pédagogique des centres de formation face à un pilotage renforcé et à une logique de résultats qui risque de filtrer les publics les plus fragilisés, ceux-là même que nous devons accueillir.
    • pour autant que les conditions d’éligibilité sont respectées, sans accord préalable du Forem.
  • Rétablir l’indemnité octroyée aux apprenants de 2€/heure pour les stagiaires en alphabétisation.
  • Diminuer la charge administrative qui pèse sur les équipes et qui empêche un accompagnement de qualité auprès des personnes.
  • Soutenir financièrement nos actions de sensibilisation, d’accroche des publics éloignés de l’écrit, de mise en réseau et de formation des formateurs et bénévoles, aujourd’hui menacées en raison des restrictions budgétaires.
  • Garantir l’emploi dans nos associations : la réforme APE en cours ne garantit pas le maintien de l’emploi dans les structures de Lire et Ecrire, alors que ce subventionnement couvre 16% de notre masse salariale.

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