Nous voulons une école juste, égalitaire et vecteur d’émancipation. RENTABILITÉ ne sera jamais l’équivalent de QUALITÉ.

Nous voulons une école juste, égalitaire et vecteur d’émancipation. RENTABILITÉ ne sera jamais l’équivalent de QUALITÉ.

Vous avez entendu, vu, lu la colère des enseignants depuis presqu’une année de mobilisation.

Mais que veulent-ils précisément ?

Une école JUSTE

Dans tout secteur de travail, les travailleurs et travailleuses ont des droits et ceux-ci sont règlementés. Les droits des enseignants sont, eux, complètement balayés.

Quel travailleurs accepterait sans broncher de telles modification de son contrat de travail ? :

  • la pension relevée à 67 ans
  • la fin des nominations (rappelons que pour tout travailleur d’un service public, la nomination protège le travailleur de l’arbitraire, d’une direction, du chômage l’été et de la pression politique)
  • 2 heures de travail « face-classe » supplémentaires (soit 10% de charge horaire en plus sans compensation financière)
  • Des pertes d’emploi réelles compensées par des professeurs éclatés dans plusieurs écoles et des cours éclatés entre des professeurs différents
  • …

Le tout organisé dans un simulacre de concertation sociale ou les enseignants ne sont pas écoutés.

Une école égalitaire et vectrice d’émancipation sociale

L’école a dans ses objectifs d’emmener chaque enfant et chaque jeune vers un avenir sûr, sécurisé et émancipateur. Grandir, apprendre, pour être apte demain à aborder la vie avec responsabilité et désir. Ce projet suppose de réduire les facteurs d’inégalité sociale et culturelle présents dans toutes les écoles particulièrement dans notre région carolo.

Que souhaite le gouvernement et qui nous indigne fortement ? :

  • La fin des repas chauds pour les enfants issus de milieux plus précarisés (oui, aujourd’hui encore des enfants ont faim…)
  • La fin du 1er degré différencié (une pédagogie adaptée aux enfants en difficulté)
  • La hausse du taux de réussite à 60% du CEB sans accompagnement spécifique (ceci entraînera un décrochage plus sévère et plus rapide des élèves en difficulté)
  • Fin du tronc commun
  • Modification de l’enseignement qualifiant
  • Augmentation du minerval dans le supérieur
  • 95€ d’inscription pour les moins de 18 ans dans les académies (déjà 40% d’inscriptions en moins dans la région de Charleroi…)
  • …

L’école n’est plus un vecteur d’égalité et d’émancipation. Dans l’école voulue par le gouvernement actuel, les jeunes de classes supérieures s’en sortiront, ceux de la classe moyenne probablement aussi, les autres devront rester à leur place voire descendre plus bas. Beaucoup demain n’auront pas leur certificat du secondaire.

Ce n’est pas l’école que nous voulons, c’est pour ça que nous nous battons !!

Pour celles et ceux qui veulent comprendre mieux encore…


Les médias et les responsables politiques ont beaucoup parlé des « 2 heures en plus ». On ne met presque que cela en avant, et pourtant malheureusement le malaise de l’école et la colère des enseignant.e.s ne s’arrêtent pas là.

D’une part, ces « 2 heures en plus » entraînent énormément de conséquences plus que fâcheuses :

  • Ces deux heures sont « face classe », ce qui inclut des heures de préparation et d’évaluation qui augmentent de 10% la charge horaire supplémentaire imposée sans concertation et sans compensation financière. 10% cela signifie, par exemple pour un travailleurs à 38h semaine, près de 4h de travail en plus (ou 8h24/jour). Soit 42h hebdomadaire, un vrai recul social jamais vu depuis 1973.
  • Les répercussions sont lourdes au niveau organisationnel. Certains cours doivent être divisés entre deux voire même entre trois professeurs.
  • Des professeurs du supérieur sont envoyés dans les classes de l’inférieur (alors qu’ils ne sont pas formés pour cela et que le public n’est pas le même et donc la pédagogie non plus)
  • Des professeurs ont un temps plein sur plusieurs écoles. Ceci rend plus difficile la possibilité de s’investir dans les projets d’une école (projets pourtant porteurs et fondamentaux pour le sens des apprentissages auprès des élèves).
  • La santé mentale de nos jeunes est de plus en plus préoccupante (particulièrement depuis la pandémie). Or, nous sommes moins disponibles pour eux car épuisés de trouver des solutions bricolées dans un système qui ne tient plus debout.

La fin des nominations est aussi problématique. Rappelons que, dans les services publics, la nomination a été créée pour protéger le travailleurs de l’arbitraire : arbitraire d’une direction ou d’un pouvoir organisateur, arbitraire du politique qui tenterait de s’ingérer dans les missions du service public. Il s’agissait aussi d’une protection contre le chômage systématique en juillet et août et l’incertitude annuelle quant au fait d’avoir ou pas un emploi. Les nominations s’inscrivent donc dans la nécessaire préservation d’un Etat démocratique.

Concernant les mesures qui touchent à l’égalité de l’enseignement pour tous

  • La fin des repas chauds pour les enfants issus de milieux plus précarisés. Cette nouvelle mesure était une vraie avancée. La retirer, c’est nier le fait que dans de nombreuses familles (bien plus que l’on ne le pense malheureusement), les revenus sont si faibles que des enfants partent à l’école sans pic-nic et la faim au ventre).
  • La fin du 1er degré différencié : le 1er degré différencié permettait aux enfants (souvent issus de milieux défavorisés) qui n’avaient pas obtenu leur CEB (Certificat d’Etudes de Base, obtenu à la fin de l’école primaire) de se retrouver, en secondaire, dans des classes homogènes, plus petites, accompagnés d’enseignants dont la pédagogie était adaptée aux difficultés de ce public particulier. Aujourd’hui ces élèves se retrouvent dans des classes classiques avec 2h d’accompagnement par semaine.
  • La hausse du taux de réussite à 60% du CEB : nous trouvons très positif l’intention de vouloir un enseignement plus qualitatif. Mais si cette mesure ne s’accompagne pas de vraies remédiations (c’est-à-dire avec un instituteur pleinement en charge des remédiations) cette mesure va viser et recaler les enfants qui n’ont pas d’accompagnement particulier chez eux. À nouveau, ce seront principalement les enfants issus d’un milieu socio-économique peu élevé qui en pâtiront. Dans leur difficulté plus grande à réussir ce CEB (avec 60%), ils et elles seront plus nombreux à quitter l’école primaire sans diplôme, puis sans diplôme du secondaire puisque l’on met fin au 1er degré différencié. Rappelons-nous que déjà aujourd’hui, une personne sur dix est concernée par l’analphabétisme en Belgique.
  • La mise en place d’un DFP (Dispositif de Fin de Parcours) pour les élèves du troisième degré qualifiant. Cela signifie que les élèves passent automatiquement de 5ème en 6ème année (Technique de Qualification et Professionnel). Pas de redoublement possible. Ces élèves doivent donc recommencer une année « à la carte » en fonction de leurs échecs. Les professeurs analysent ce qu’ils ont raté comme cours et, plus particulièrement, comme chapitres. Ces élèves ne peuvent donc pas doubler mais vont devoir faire une « année bis » (non comptabilisée pour les écoles, ce qui signifie sans moyen supplémentaire, donc sans professeur à disposition) avec un programme personnalisé pour chacun d’eux. Mais la mesure est déjà en œuvre alors que pas anticipée l’an dernier, ce qui rend très compliquée l’organisation d’une année pertinente pour ces élèves. Programme durant lequel ils devraient suivre des cours de 5ème et de 6ème (parfois auprès de professeurs qu’ils ne connaissent pas) pour remédier à leurs échecs.

Après avoir suivi les cours et présenté ses examens, si l’élève échoue, il lui sera impossible de recommencer une 6ème. L’élève sera alors sorti du circuit de l’école secondaire. A noter qu’un DFP ne doit pas durer le temps classique d’une année scolaire. Par conséquent, si ces élèves échouent, le dernier diplôme qu’ils pourront montrer, après avoir passé 6 ans de secondaire, ce sera leur CE1D. Inutile de dire que la plupart des élèves qui se retrouvent dans ces limbes sont, la plupart du temps, issus de milieux socio-économiques peu favorisés.

  • Les élèves réussissant leur CESS en technique de qualification ne peuvent plus présenter de 7ème année de spécialisation, année pourtant fort importante dans certains métiers (ex : gestion de PME et TPE)
  • La fin du tronc commun : le but du tronc commun était justement de diminuer les inégalités entre les enfants. Garantir à chaque enfant jusque 15 ans la même base de formation et de savoir pour lui permettre le plus possible de se doter de toutes les compétences lui permettant de choisir la meilleure orientation pour lui. Choisir trop précocement (en 1ère ou 2ème secondaire) n’offre pas les mêmes apprentissages à chacun et a pour conséquence quasi systématique de reproduire le parcours social des parents, freinant les possibilités d’ascension sociale.

Évoquons aussi la nouvelle formation des futurs instituteurs primaires et maternelles en 4 ans. Celle-ci a pour effet immédiat que les écoles normales enregistrent beaucoup moins d’inscriptions. Une pénurie d’enseignants à venir est à craindre…

Une concertation sociale bafouée

Malgré la rencontre organisée en septembre avec la ministre Valérie Glatigny, les inquiétudes du personnel de l’enseignement restent entières. Les organisations syndicales ont rappelé leur opposition aux économies imposées au secteur, à l’augmentation de la charge de travail et aux réformes qui dégradent les conditions d’enseignement. Mais les réponses ne viennent pas.

De plus, la ministre ment éhontément aux citoyens : 

  • quand elle assure qu’il n’y a pas de pertes d’emploi cette année scolaire-ci alors que tous nos collègues temporaires ont disparu de la circulation. 
  • Quand elle affirme que les professeurs titulaires d’un master travaillent moins que les collègues des pays de l’OCDE. Le Soir avait mené l’enquête et a mis en évidence que notre charge de travail était plus élevée qu’en Flandre… Contrairement à ce que madame Glatigny avait affirmé sur toutes les ondes radio…

Bref, c’est parce que notre école devient de plus en plus inégalitaire et que nous voyons à quel point le qualifiant est démantelé, vidé de sa substance que nous réagissons. Nous voyons que les mesures prises sont idéologiques et qu’elles visent à ce que chacun reste bien à sa place. L’enfant de la classe moyenne s’en sortira mais celui de l’ouvrier.ère devra rester à sa place. Il y en a beaucoup qui n’auront plus de CESS (et donc plus d’accès aux allocations de chômage!!) et l’ascenseur social sera plus encore bloqué. 

Dommage, en 2020 on expliquait que les profs et les infirmiers étaient des travailleurs essentiel.le.s. C’est dingue comme l’être humain a la mémoire courte. On pourrait même parler d’amnésie.

Les 2 heures supplémentaires ne sont que la partie émergée de l’iceberg. L’inquiétude est bien plus grande, c’est la substance même d’une école pour tou.te.s qui est attaquée avec un modèle inégalitaire ou seul.e.s celles et ceux qui en auront les moyens payeront pour l’accompagnement de leur.s enfant.s les autres devant se contenter des moyens réduits prévus par le gouvernement.

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