Et si faire garder son enfant devenait cette année un luxe ?
Le gouvernement Azur (fédération Wallonie-Bruxelles) fait un choix dangereux en diminuant les financements des services de la petite enfance avec de douloureuses conséquences : Imposer une logique marchande au non-marchand et pousser l’accueil de la petite enfance vers le privé.
Actuellement, nous disposons (pas en quantité suffisante certes, mais nous en disposons quand même) de services (crèches, indépendantes, accueillantes subventionnées…) qui permettent aux familles de faire garder la journée leurs enfants en bas âge dans des services d’accueil de qualité (standards de formation et d’encadrements, contrôles multiples) et accessibles financièrement (participation financière adapté à la situation économique des parents). Ce système est financé en grande partie par la collectivité et il rend un service très utile à la société (enfants bien encadrés, parents rassurés, travailleurs disponibles…).
Demain, les mesures d’économie imposées et la réforme du secteur envisagée par Mme la ministre Lescrenier menacent purement et simplement la survie de crèches et de services d’accueillantes à domicile subventionnés.
La perte de ces services aura plusieurs conséquences très fâcheuses : perte de places d’accueil alors que nous en manquons déjà, travailleuses au chômage ou poussées vers le travail au noir et privatisation du secteur.
Attention, dans le privé une crèche coûte 35 à 40€ par jour et par enfant ! Ce prix est inaccessible pour de nombreuses familles et génère une inégalité dès le plus jeune âge. Le gouvernement transforme ainsi un droit de l’enfant en un produit réservé à celles et ceux qui peuvent le payer.
Certains parents n’auront d’autres choix que de se tourner vers des solutions de garde parallèle, moins surveillés, de moindre qualité, voire d’arrêter de travailler ou réduire leur temps de travail. Il est évident que cela présage un retour en arrière pour les femmes. Ce sera un véritable recul social.
L’accueil de la petite enfance est un droit de l’enfant. Ce service doit être fort, accessible au plus grand nombre et de qualité.
Ces services soutiennent également l’emploi en permettant au parents (et principalement aux mères) d’aller travailler en sachant leur enfant en sécurité. Ce sont donc des services rendus à la société dans son entièreté, y compris à celles et ceux qui n’ont pas d’enfant.
Investir dans la petite enfance, c’est investir dans l’égalité, l’emploi et l’avenir. C’est un choix de société juste et porteur d’avenir !
Chaque enfant mérite un accueil sûr, accessible et de qualité. Chaque accueillante mérite un statut digne et rémunéré !
Nous avons besoin de votre soutien !
Pour celles et ceux qui veulent comprendre plus en profondeur :
Il existe différents modes d’accueil pour les 0 à 3 ans en Fédération Wallonie-Bruxelles depuis la réforme des milieux d’accueil en 2020 (engagée par la ministre de l’époque, Alda Gréoli, et devant se terminer en 2025) : les accueillantes indépendantes, les crèches subventionnées, les crèches de niveau 1 à 3 et les services d’accueillantes d’enfants à domicile (SAE). A chaque niveau correspond un type de subventionnement différent. Les emplois de direction, travailleur psycho-médico-sociaux et le personnel d’accueil sont subsidiés pour les crèches de niveaux 2 et 3 et les SAE.
Les crèches de niveau 1 doivent répondre à une série de conditions et reçoivent le subside de base. Celles de niveau 2 répondent à des conditions supplémentaires en matière d’accessibilité et reçoivent un autre subside dit « d’accessibilité ». Les crèches de niveau 3 répondent à des besoins spécifiques et reçoivent un subside d’accessibilité renforcée.
La réforme envisagée par la ministre Lescrenier prévoit de ne pas indexer les forfaits de subvention de ces 3 types de services (ainsi que les crèches de type 1 dont le poste de direction est subventionné).
Pourquoi ?
La mise en œuvre de la réforme de 2020 a été bousculées ces 5 années par deux grandes crises : la crise sanitaire et la crise énergétique. La Fédération Wallonie-Bruxelles a dû faire face à des dépenses inattendues pour sauver les milieux d’accueil (qu’ils soient subsidiés ou non).
La réforme a également mis en œuvre un statut de salariée (enfin !) pour les accueillantes à domicile. Aujourd’hui la majorité des accueillante est salariée, en tout cas celles qui ont désiré avoir accès à ce nouveau statut.
Il est important de vous faire écho de ce contexte (crises et salariat) car le discours entendu dans la presse et défendu par la ministre est le suivant : « Beaucoup d’argent a été dépensé dans ce secteur, or on constate une diminution du nombre de places. La seule conclusion à en tirer est que le système ne fonctionne pas ». Ce discours est sans nuance et ne tient pas compte de la réalité du secteur ni du contexte qui explique cet écart.
Comment la ministre veut-elle œuvrer ?
En diminuant les subsides des milieux d’accueil subventionnés et en ouvrant une enveloppe budgétaire pour des « projets innovants ».
La diminution des subsides des milieux d’accueil subventionnés est une vraie catastrophe et risque de conduire à la fermeture de nombreuses places d’accueil accessibles aux familles à court ou moyen terme.
Pour les milieux d’accueil collectifs, la ministre considère qu’une place d’accueil doit être subventionnée à 138€ (950€ par an pour une puéricultrice sans ancienneté, divisés par 7 puisqu’une puéricultrice peut garder jusqu’à 7 enfants). Mais tous les services n’ont pas que des travailleuses avec
0 année d’ancienneté. Il faut également ajouter aux coûts de personnels les fonctions de direction et de travail psycho-médico-social (TPMS) indispensables au bon fonctionnement du service. Un service coûte donc dans les fait bien plus cher qu’escompté.
Pour les services d’accueillantes à domicile, l’impact sera encore plus lourd : en effet, les accueillantes perçoivent actuellement 15% en plus de leur forfait pour financer les frais supportés par leur domicile. Nous arrivons donc pour une accueillante d’ancienneté 0 à 1.090€ par an. Là encore, on ajoute l’ancienneté progressive de la travailleuse et le personnel de direction et TPMS. Le coût par enfant y est donc plus élevé.
La ministre considère que si 138€ par an par enfant est un chiffre qui peut faire basculer un service dans le déficit, c’est que celui-ci est mal géré. Cela est faux ! Les services étaient en stabilité financière, fragile mais stable. Mais cette nouvelle mesure de non-indexation des subventions fait basculer les finances de ces milieux d’accueil vers le déficit.
Sur Charleroi, plusieurs services sont menacés de mettre la clé sous le paillasson, notamment :
– Les Petits Câlins, services de 70 accueillantes à domicile présentes sur le grand Charleroi, accueille 290 enfants et prévoit une perte de 70.000€ pour 2026
– Le cerf-Volant, service de 35 accueillantes sur la région de Thuin, au service de 160 familles, prévoit une perte de 38.000€.
70.000€ et 38.000€, ce ne sont pas des petites sommes pour des asbl de cette taille. Ces pertes structurelles rendent difficilement viables ces services. S’ils viennent à tomber, ce seront 105 travailleuses au chômage et 450 familles en recherche d’une place d’accueil alors que nous en manquons déjà.
On entend parfois sur la droite politique qu’il n’est pas normal qu’une asbl soit subventionnée à 100%. Cela est faux ! Ces services réclament (et ont besoin) une participation au frais de la part des parents et réalisent de nombreuses actions parallèles pour financer le service. Nous ne sommes donc jamais subventionnés à 100%. Les frais de déplacements sont par exemple subventionnés au Cerf-volant à hauteur de 2.000€ par an alors que 10.000€ sont nécessaires chaque année.
Inversons également la réflexion : est-ce la fonction première d’un service à la population que d’être « rentable » ?
Les milieux d’accueil permettent à de nombreuses familles d’accéder à une place d’accueil. C’est un droit de l’enfant. Ils sont accessibles financièrement puisque le parent paye en fonction de ses revenus. Mais ils sont également accessibles géographiquement puisque les accueillantes sont dispersées sur un grand territoire et sont accessibles aux familles qui se déplacent en transport en commun.
Ces services soutiennent également l’emploi en permettant au parents (et principalement aux mères) d’aller travailler en sachant leur enfant en sécurité. Ce sont donc des services rendus à la société dans son entièreté, y compris à celles et ceux qui n’ont pas d’enfants.
Qu’entend la ministre par « projets innovants » ?
Une task force créée au sein du cabinet Lescrenier y réfléchit…
Notre crainte est que « l’innovation » privilégie plutôt des projets de types privés et marchands.
Rappelons que le lobby des milieux d’accueil non-subventionné est important, car il y a également chez eux un risque de fermeture de milieux d’accueil et qu’il faut les soutenir, donc financièrement aussi.
Rappelons également qu’en Flandres, la marchandisation du secteur est déjà très avancée.
On entend des projets tels des « crèches d’entreprises » : si cette idée peut sembler séduisante (mon enfant sera gardé sur mon lieu de travail, plus besoin de courir), elle présent aussi de nombreux angles morts (et si je perds mon emploi, je perds du même coup ma place d’accueil ?).
On entend aussi voyager l’idée d’accueillantes en titres-services… mais quelle sera la formation initiale de ces personnes pour un statut comme celui-là ? Au lieu de monter en qualité et compétences, on baisse les standard de qualification pour l’encadrement des premières années de vie (où énormément se joue et se scelle sur l’avenir de la personne).

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